Depuis quelques années, les maisons de luxe poussent comme des champignons à Drummondville. En considérant que Drummondville est une ville manufacturière dont les entreprises proposent des salaires tout de même modestes, qui a les moyens de se les offrir?
La Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) se pose également des questions quant au nombre de maisons de luxe qui ont été construites sur le territoire.
«En me promenant sur les chantiers de construction, j’ai effectivement réalisé qu’il y a beaucoup de maisons de luxe. Il y en a autant qu’à Sherbrooke, qui compte une population sûrement trois fois plus importante. En plus, on remarque que beaucoup de femmes se promènent en poussette dans ces quartiers, ce qui nous donne une idée de l’âge des propriétaires. C’est difficile à comprendre d’autant plus que nous avons toujours entendu dire que Drummondville est une ville manufacturière, qui offre des salaires pas très élevé», a exprimé Hélène Dauphinais, analyste de marché pour la SCHL.
Qui plus est, le Centre-du-Québec est la deuxième région au Québec qui compte le moins de diplômés universitaires sur son territoire avec 11,8 %, alors que la moyenne provinciale est de 21,5 % (selon le Portrait socioéconomique des régions du Québec, édition 2006).
Alors, qui donc peut acheter des maisons évaluées à plus de 300 000 $, comme c’est le cas dans les environs des
Promenades Drummondville et des Bosquets Saint-François?
«Contrairement à ce que les gens peuvent penser, ce n’est pas les baby-boomers qui sont la grosse clientèle de ces maisons.
Ils ne représentent pas plus de 20 % de celle-ci.
Ça me surprend moi-même, car les acheteurs de ces maisons sont des jeunes couples entre 30 et 40 ans, qui décident d’investir dans une résidence et de bénéficier de ce qu’il y a de plus beau.
Ils veulent aussi la grosse piscine creusée et un terrassement qui suit la tendance de leur maison.
Ça fait une grosse différence d’avec mon époque, car moi, j’ai fondé ma famille dans une maison de 15 000$!», a fait observer Bertrand Provencher, un entrepreneur en construction, qui a notamment développé le secteur du Domaine des Beaux-Arts.
Même son de cloche de la part de la décoratrice Brigitte Saint-Germain, qui travaille régulièrement avec ces couples qui recherchent des choses différentes... voire extravagantes.
«Moi aussi je dois dire que ça me surprend, car on rencontre des clients très jeunes.
Les clients sont généralement des jeunes professionnels ou des entrepreneurs.
Personnellement, je crois qu’ils voient les choses autrement.
Ils veulent une grande maison pour qu’elle prenne de la valeur et ils se disent qu’un jour, leur situation va s’améliorer et que les paiements vont se faire plus facilement.
Ils recherchent d’abord une qualité de vie pour, après, fonder une famille. Ils pensent davantage à long terme», croit Mme Saint-Germain.
En plus de l’achat de la maison, les propriétaires ne tardent pas à investir dans l’achat d’une clôture, d’un aménagement paysager et d’une piscine (souvent creusée), ce qui fait grimper le coût de l’investissement de plusieurs milliers de dollars.
«Il y a certainement un changement dans la mentalité des gens, mais surtout des jeunes.
L’homme et la femme travaillent tous les deux et souhaitent se payer tout de suite une grande maison.
Les gens aujourd’hui recherchent une meilleure qualité de vie», croit également Gérald Bélanger, directeur au Centre de service Saint-Simon de la Caisse populaire Desjardins de Drummondville.
Celui-ci évalue que la clientèle des maisons luxueuses se compose à 50 % de jeunes couples et à 50 % de baby-boomers, la plupart d’entre eux préférant d’abord investir dans des condos de luxe.