Gérald Bélanger, directeur au Centre de services Saint-Simon pour la Caisse populaire Desjardins de Drummondville, ne conseille pas aux futurs propriétaires d’adhérer à un prêt hypothécaire de 30 ans en raison du coût élevé des intérêts qui s’y rattache.
La hausse des prix des maisons obligera-t-elle les futurs propriétaires à contracter une hypothèque de 30 ans?
À Drummondville, la valeur des maisons a augmenté globalement de 28 % entre 2005 et 2006. Le petit bungalow permettant généralement de loger deux adultes et deux enfants passe donc de 100 000 $ à plus de 130 000 $. Ce n’est donc pas surprenant que les institutions financières offrent maintenant des prêts hypothécaires étalés sur 30 et même... 35 ans.
Bien que les institutions financières contactées
(Desjardins et la Banque nationale) aient assuré que, jusqu’à maintenant, peu de gens semblent intéressés à l’idée de payer leur maison en 30 ou 35 ans, on peut prévoir que cette nouvelle proposition deviendra populaire si, bien sûr, les valeurs immobilières continuent d’augmenter ainsi.
La Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL) confirme d’ailleurs que le secteur de l’immobilier connaît une montée fulgurante des prix.
Depuis 2000, le prix moyen des maisons neuves de Drummondville a fait un bond de 80 %.
Hélène Dauphinais, analyste de marché, explique cette hausse par différents facteurs.
«On ne bâtit pas le même type de maisons qu’avant. La demande est différente.
Au cours des dernières années, il s’est construit une plus grande part de maisons luxueuses, ce qui fait monter le prix moyen.
De plus, le prix des terrains a augmenté dû, entre autres, à l’accélération du développement de la ville. Finalement, le prix des matériaux de construction a augmenté de même que celui de la main-d’oeuvre», informe-t-elle.
Cette tendance a également fait grimper le coût des maisons existantes. Toujours selon la SCHL, en 1991, le prix moyen de ces maisons était de 68 919 $.
Aujourd’hui, il est de 117 518 $.
Accession difficile
En considérant donc qu’il est maintenant difficile d’accéder à la propriété avec un budget sous la barre des 100 000 $, on comprend pourquoi les institutions financières ont décidé de proposer à leurs clients un allongement de la période d’amortissement.
Le but : abaisser les versements hypothécaires mensuels et rendre l’achat d’une maison plus accessible.
Disponibles depuis à peine quelques semaines, les prêts hypothécaires sur 30 ou 35 ans n’obtiennent pas la faveur populaire, mais cela pourrait bien changer...
D’ailleurs, pour la Caisse populaire Desjardins de Drummondville, ils constituent davantage un gadget publicitaire.
«Les gens achètent aujourd’hui un paiement. Les nouveaux termes peuvent s’avérer utiles aux entrepreneurs en construction, qui aiment bien afficher des prix.
Cependant, la fédération nous a fait parvenir une note nous déconseillant ces termes en raison du coût élevé en intérêts qu’ils représentent pour nos membres», a indiqué Gérald Bélanger, directeur au Centre de services Saint-Simon.
La SCHL, quant à elle, accepte d’assurer ces prêts seulement depuis le 28 juin dernier.
«Le fait de prolonger la durée de l’hypothèque permet à certaines personnes d’accéder plus facilement à la propriété et même de choisir une maison qui leur plaît davantage», confirme Lyne Leduc, représentante principale à la SCHL.
Un prix à payer
Cependant, il y a un prix à payer pour bénéficier de cette «accessibilité».
La logique dit que plus on met de temps à rembourser un emprunt, plus on paie d’intérêts.
Rembourser une hypothèque de 125 000 $ au taux d’intérêt de 6,95 % coûtera 136 499 $ sur 25 ans, et 169 910 $ sur 30 ans.
Une différence notable de 33 411 $ seulement en frais d’intérêts pour un petit cinq ans de plus.
De plus, il vaut la peine de s’interroger sur la pertinence de contracter une hypothèque sur 30 ans, car par rapport à un emprunt de 25 ans, les économies mensuelles ne représentent même pas le coût d’une commande d’épicerie (voir tableau).
Harold Heppell, directeur principal solution de placement à la Banque nationale, une institution qui offre l’hypothèque de 30 ans depuis seulement le 17 juillet dernier, amène une nuance:
«Effectivement, par rapport à un prêt sur 25 ans, l’économie mensuelle n’est que de 65 $.
Ce montant peut tout de même aider certains propriétaires à payer des meubles, un aménagement paysager, etc. Cependant, il faut préciser que culturellement, les Québécois ont tendance à rembourser leur hypothèque plus rapidement que les gens d’autres provinces.
C’est très rare donc que les gens paient selon le terme prévu, car leur but dans la vie est de payer leur maison au plus vite».
Encore faut-il que les nouveaux acheteurs aient la capacité de payer, car, selon Gérald Bélanger, l’endettement personnel connaît aussi une montée fulgurante.
«Les gens s’endettent plus d’année en année. On remarque aussi une augmentation des cartes de crédit en circulation.
La moyenne de l’endettement constitue plus de 100 % du revenu annuel des gens.
Dans ce sens, c’est sûr que l’augmentation des prêts hypothécaires n’aide pas», a-t-il conclu.
Évolution du prix moyen des maisons neuves de Drummondville
-1998 : 85 176 $
-2000 : 98 218 $
-2002 : 107 550 $
-2004 : 157 314 $
-2006 : 176 586 $