L'avocat spécialisé en cause d'erreurs médicales Jean-Pierre Ménard a présenté quatre horribles cas, hier, de ce qu'il estime être des erreurs qui ont coûté la vie à deux personnes (voir tableau). Morte par négligence
«Ça fait plusieurs poursuites qu'on fait par rapport à un mauvais fonctionnement de salles d'urgence, et la situation ne se corrige pas, explique Me Ménard. C'est inquiétant. C'est pour cela que, ce matin, on lance un cri d'alarme.»
Carole Côté a dû débrancher sa mère, Nicole Dauphinais, pendant le temps des fêtes en 2005. Mme Dauphinais était tombée dans un profond coma après avoir fait des arrêts cardiaques. Personne n'avait réévalué son état, en six heures et demie passées à l'urgence de l'hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil. Oubliée
"Si elle avait été réévaluée, même après cinq heures à l'urgence, elle serait toujours en vie, soutient Carole Côté. Ils l'ont oubliée dans un corridor...
«Ma mère n'avait que 57 ans, ajoute-t-elle, et elle n'est pas morte de façon naturelle. Elle nous a été arrachée assez dramatiquement, et c'est entièrement de leur faute. Ça fait tellement mal, c'est tellement douloureux.»
Mme Côté indique vouloir se battre jusqu'au bout et rassembler le plus de gens possible à sa cause, pour éviter que de telles erreurs ne se reproduisent.
Elle invite d'ailleurs les gens qui ont des histoires similaires à les lui faire parvenir à son adresse électronique: michel.carole@sympatico.ca.
Quatre cas pathétiques
Marc-André Ménard, 27 ans
Décès: 30 septembre 2006
Le 30 septembre 2006, Marc-André téléphone à sa mère pour lui faire part de son intention de se suicider. La mère appelle le 9-1-1, les ambulanciers viennent et le transportent à l'hôpital Santa Cabrini.
Il est vu pour une évaluation au triage, où il est priorisé P-3, ce qui signifie qu'il devrait être vu en 30 minutes. Il ne sera appelé que 1 h 30 plus tard, mais Marc-André a déjà quitté l'hôpital.
Vers 6h50, il est découvert pendu dans son garage. Nicole Dauphinais, 57 ANS
Décès : 29 décembre 2005
Le 27 décembre 2005, à 20 heures, Mme Dauphinais est amenée en ambulance à l'urgence de l'hôpital Pierre-Boucher, se plaignant d'une sensation de faiblesse et de sueurs.
À son arrivée à l'urgence, la condition de Mme Dauphinais est évaluée par une infirmière qui lui attribue un code de priorité 4. Un tel code de priorité nécessite que Mme Dauphinais soit examinée par un médecin à l'intérieur d'un délai de 60 minutes.
Six heures et demie après son arrivée à l'urgence, elle n'a toujours pas été examinée et sa condition n'a pas été réévaluée par une infirmière. Quelques minutes plus tard, Mme Dauphinais tombe en arrêt cardiorespiratoire.
Le 29 décembre 2005, compte tenu du diagnostic de mort cérébral posé, Mme Dauphinais est débranchée de l'appareil qui la maintient artificiellement en vie. L'autopsie révèle que Mme Dauphinais est morte à la suite d'une embolie pulmonaire massive. Cécile Hamel, 64 ANS
Séquelles
Le 1er décembre 2006, la famille de Mme Hamel a procédé au dépôt d'une poursuite judiciaire contre le CSSS de Trois-Rivières, le centre Cloutier Durivage et contre ses médecins, à la suite des importantes séquelles subies par Mme Hamel. Cette dernière a été victime d'un arrêt cardiorespiratoire alors qu'elle était toujours dans la salle d'attente de l'établissement.
Mme Hamel s'est présentée à 23h36 à l'urgence du centre Cloutier-Durivage. Elle a par la suite été dirigée dans la salle d'attente sans être préalablement priorisée. Entre 23h36 et 2h20, Mme Hamel n'a été vue par aucun médecin, ni réévaluée par l'infirmier du triage.
À 2h20, elle a été retrouvée en arrêt cardiorespiratoire dans la salle d'attente de l'établissement.
En conséquence Mme Hamel se retrouve aujourd'hui avec des séquelles fonctionnelles et neuropsychologiques. MONSIEUR L., 70 ANS
Décès: 20 octobre 2002
Dans la nuit du 19 au 20 octobre 2002, vers 1h43, M. L., alors âgé de 70 ans, est amené en ambulance à l'Hôpital Général de Montréal, se plaignant d'intenses douleurs dans le haut du dos.
L'infirmière au triage note, à 2h46, que M. L. présente des douleurs thoraciques au dos. Monsieur L. est alors placé sur une civière, dans le corridor.
L'état de M. L. n'a jamais été réévalué. Son état se détériore. Au matin, on le découvre en convulsions. Le docteur constate qu'il est en arrêt cardiorespiratoire.
Des manoeuvres de réanimation sont entreprises. - Malheureusement, le décès est constaté quelques minutes plus tard.
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