QUEBEC CANADA
Journaliste : Nicolas Duguay
Le centre-ville de New York était encore enseveli sous la poussière des défuntes tours du World Trade Center que déjà, des Américains influents accusaient le Canada d'avoir servi de point de passage aux terroristes qui venaient de les frapper.
Photo: La Presse Canadienne /Nathan Denette |
Des commentateurs de la droite conservatrice enragés contre notre « libéralisme » aux politiciens modérés comme la sénatrice Hillary Clinton, les accusations n'ont pas manqué de fuser en direction d'Ottawa. Il s'est avéré, cependant, que ces accusations, comme bien d'autre chose lors qu'on se penche sur la question du terrorisme, tenaient du mythe.
L'ancien ministre des Transports dans le gouvernement Martin, Jean Lapierre, estimait d'ailleurs, dans une entrevue à La Presse, qu' « une paranoïa s'est installée dans leur esprit », avant d'ajouter que « Déjà, le 11 septembre 2001, il y avait une présomption de négligence de la part du Canada. Cette perception selon laquelle le Canada est une passoire est restée longtemps même si les faits ont démontré que tout s'était passé sur leur territoire. »
Qu'à cela ne tienne, au lendemain des attentats islamistes, le Canada fut forcé, ne serait-ce que pour rassurer ses voisins américains, d'investir des centaines de millions de dollars pour renforcer la sécurité de ses infrastructures.
Journaliste : Nicolas Duguay
La frontière terrestre canado-américaine n'est pas seulement la plus longue du monde, mais elle est aussi, tout au long de ses 4000 kilomètres, le point de passage le plus riche et le plus convivial que l'on puisse trouver.
Photo: La Presse Canadienne /David Duprey |
Mais cette réalité s'est effondrée avec les tours new-yorkaises et bientôt, en 2008, on exigera pour entrer aux États-Unis un passeport ou une quelconque carte d'identité hypersécurisée.
Déjà, les voyageurs peuvent constater un accroissement considérable des temps d'attente pour franchir la frontière. Et pour l'industrie du camionnage - n'oublions pas que c'est un camion toutes les deux secondes qui franchit l'un ou l'autre de 119 postes frontière - le temps, plus que jamais, c'est de l'argent.
Cinq ans après le fameux 11 septembre, les camionneurs constatent que la situation, intenable les deux premières années, s'est sensiblement améliorée. Selon une étude récente de Transports Canada, alors qu'il fallait tout au plus trente minutes pour franchir la frontière avant ce triste septembre 2001, le temps d'attente moyen imposé aux camionneurs est actuellement d'une heure à une heure et demie.
Pour l'industrie canadienne du camionnage, toute cette attente, ça coûte cher, très cher. Depuis 2001, le surcoût auquel les camionneurs doivent faire face en raison des mesures de sécurité américaines est estimé à environ 290 millions de dollars par année.
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Pour l'industrie touristique, si, cinq ans plus tard, la situation s'est tranquillement normalisée, l'impact de l'imposition de documents précis pour passer la frontière devrait avoir, selon plusieurs acteurs importants du milieu, l'effet d'une bombe...
Un sondage mené auprès des Américains vivant à proximité de la frontière canado-américaine indique d'ailleurs que plus du tiers d'entre eux ne visiteront plus le Canada s'ils doivent se munir de documents sécurisés pour retraverser la frontière.
L'industrie touristique canadienne, elle, déjà durement touchée par la vigueur du dollar canadien, craint de perdre des millions dès 2008.
Et les efforts du gouvernement canadien pour convaincre l'administration Bush de faire marche arrière ne se sont soldés, jusqu'ici, que par des échecs.
Quelques données
La frontière de 4000 kilomètres est contrôlée par 119 postes frontaliers.
Environ 1,9 milliard de dollars de biens et de services passent la frontière chaque jour, dont 70 % par camion. Quelque 92 millions de personnes traversent la frontière chaque année, dont 70 millions par la route.
Les coûts aux frontières (mesures de sécurité et de contrôle) représentent une augmentation de 2,7 % pour le prix des marchandises.
Le Canada et les États-Unis travaillent actuellement au développement d'une « frontière intelligente », grâce à laquelle la collaboration dans l'identification des personnes et des marchandises à risque élevé permettra de dédouaner plus facilement des marchandises présentant peu de risques pour qu'ils passent la frontière plus rapidement.

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Le Canada après le 11 septembre
Journaliste : Nicolas Duguay
S'il y a un maillon faible dans la chaîne de sécurité qui nous protège de la menace terroriste, la plupart des experts s'entendent pour pointer en direction du transport maritime.
Photo: La Presse Canadienne /Mike Derer |
En effet, le secteur maritime a toujours été, et ce, depuis fort longtemps, réfractaire à tout type de contrôle étatique. Par sa nature même, sa structure est chaotique, et un navire battant sous un pavillon de complaisance, libérien par exemple, peut très bien appartenir à un armateur turc dont les bureaux sont à Londres, transporter de la marchandise marocaine à destination des États-Unis pour une entreprise française, le tout avec un équipage exclusivement philippin...
Et les experts craignent que de tels navires - il y en a chaque jour des dizaines de milliers qui sillonnent les océans - puissent être utilisés pour commettre des attentats au moins aussi dévastateurs que ceux du 11 septembre 2001.
Des spécialistes de la sécurité maritime redoutent aussi que des terroristes ne profitent de la porosité des vastes littoraux nord-américains pour échapper à tout contrôle frontalier et s'installer tranquillement au coeur de leur cible potentielle.
Au Canada seulement, qui possède l'un des plus importants littoraux du monde, les autorités ont dépensé depuis septembre 2001 plus de 930 millions de dollars pour les seules initiatives sécuritaires maritimes.
Des appareils sophistiqués de détection ont été installés dans les grands ports dans l'espoir de débusquer d'éventuelles armes de destruction massive cachées dans l'un ou l'autre des millions de conteneurs qui entrent, chaque année, au pays.
Le Canada après le 11 septembre

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ferry-boat Trois-Rivières .
Le Canada après le 11 septembre
Journaliste : Nicolas Duguay
Le transport aérien est probablement le secteur économique qui a le plus écopé au lendemain des attentats de 2001. Selon l'Association internationale du transport aérien (ATSA), les transporteurs ont dû régler une facture supplémentaire de 5,6 milliards de dollars par année depuis le 11 septembre 2001 pour les seules mesures de sécurité.
Photo: La Presse Canadienne /Aaron Harris |
Au pays, deux changements principaux ont été apportés depuis cette date fatidique. Premièrement, des détecteurs sophistiqués (et presque jamais utilisés) d'explosifs ont été installés dans les zones de manutention des bagages. Ensuite, la zone réglementée à l'intérieur de laquelle circulent aussi bien les employés de l'aéroport que les pilotes et le personnel des transporteurs a été mieux protégée, c'est-à-dire qu'on impose maintenant une carte d'identité sécurisée.
Pour les passagers, essentiellement, le 11 septembre n'a entraîné qu'une augmentation notable des temps d'attente avant l'embarquement. Et une augmentation des restrictions sur ce qu'ils peuvent emporter dans la cabine.
L'industrie elle-même semble s'adapter de mieux en mieux aux soubresauts sécuritaires. Le président du Conseil mondial du voyage et du tourisme, Jean-Claude Baumgarten, interrogé par la presse française, expliquait récemment qu'après le 11 septembre, « il a fallu trois ans à l'industrie pour remonter la pente. Après les attentats de Londres en juillet 2005, la situation est redevenue normale au bout de trois ou quatre mois. » Selon lui, le voyageur a maintenant intégré la notion de risque terroriste et accepte tout simplement de vivre avec en partant en voyage.
Photo: La Presse Canadienne /Max Nash Un blindé déployé à l'aéroport Heatrow de Londres |
Preuve de cette acceptation, au Canada, les transporteurs aériens ont retrouvé depuis peu les chiffres observés avant 2001, et Air Canada, durement éprouvé par une série de calamité au tournant 2000, a renoué avec les profits.
Les passagers, s'il faut en croire un sondage mené en mai dernier pour le compte de l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), semblent avoir résolument confiance dans les dispositifs de sécurité mis en place depuis 2001.
Le Canada après le 11 septembre

AMQUI aerial view .