QUEBEC CANADA
.
Journaliste : Nicolas Duguay
S'il est un endroit où la « guerre au terrorisme » est concrète, dans tout ce qu'elle a de sanglant et d'impitoyable, c'est bien au détour d'une quelconque piste afghane où ont été tués, jusqu'ici, près d'une trentaine de soldats canadiens.
Photo: AFP/JOHN D MCHUGH Soldats canadiens cantonnés en Afghanistan |
Le bilan de cette mission, s'il peut être en partie établi en comptant les nombreux soldats canadiens morts ou blessés, doit aussi être considéré d'un point de vue symbolique. En effet, en envoyant des militaires canadiens chasser les talibans et autres extrémistes musulmans en Afghanistan, le gouvernement canadien a accepté de facto de rompre l'image de soldat de la paix accolée à nos soldats.
En octobre 2001, dans la foulée de la « réponse » américaine aux attentats de New York et de Washington, le gouvernement de Jean Chrétien ordonne le déploiement d'un contingent canadien en Afghanistan, le plus important déploiement militaire canadien depuis la guerre de Corée, dans les années 50.
Les soldats canadiens, envoyés initialement pour aider les États-Unis à renverser le régime taliban et à mettre la main sur le chef terroriste saoudien Oussama ben Laden, sont rapidement chargés, après la chute des talibans, de sécuriser la capitale, Kaboul. Près de quatre ans plus tard, alors que les États-Unis se sont enlisés dans le bourbier irakien, Ottawa ordonne le déploiement de ses soldats vers la région de Kandahar.
Et c'est toujours là que nous en sommes aujourd'hui.
Petit à petit, les Canadiens ont appris à s'habituer aux annonces de nouvelles attaques contre des patrouilles canadiennes, à des attentats-suicides contre ses troupes, à des corps de jeunes militaires qui rentrent au pays. Les plus récents sondages indiquent que les Canadiens sont toujours fortement divisés sur cette mission, la moitié appuyant les troupes, l'autre demandant leur retrait.
Soldats canadiens en Afghanistan (archives) |
Et les explosions afghanes soulèvent de la poussière jusque sur la colline du Parlement où l'engagement canadien sera assurément au coeur des débats lors de la reprise des travaux, cet automne.
Déjà, des députés se demandent ouvertement à quoi peut bien servir la présence canadienne en Afghanistan. « À quoi sert tout ça? Comment cela finira-t-il? Quels sont les objectifs de la mission et réussira-t-on à les atteindre? », s'interroge d'ailleurs la porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de Défense, Dawn Black.
Si certains experts estiment que le vainqueur du conflit sera, en définitive, celui qui aura fait preuve de plus d'endurance, d'autres observateurs croient que jamais les troupes canadiennes ne viendront à bout de la guérilla talibane.
« Vous savez qui a été le dernier à conquérir l'Afghanistan? Alexandre le Grand, en 300 avant Jésus-Christ. Vous croyez pouvoir le faire? Alors bonne chance! », a confié à ce propos au Globe and Mail un important informateur des services canadiens de renseignement, Mubin Shaikh.
La terrible raclée qu'y ont subie les troupes soviétiques dans les années 80, souvent face aux même combattants qu'affrontent aujourd'hui les Canadiens, ne peut en ce sens qu'appuyer les propos de M. Shaikh.
Et si la présence de soldats canadiens en Afghanistan peut contribuer au maintien, à bout de bras, d'un président Karzaï qui a ouvertement affiché ses sympathies pour l'administration Bush, il n'en demeure pas moins, en contre-partie, que pour des milliers d'Afghans, le militaire canadien qu'il croise, le doigt sur la gâchette, a bien peu à voir avec ce que Michel Vastel appelle le « rôle pacificateur traditionnel » du soldat canadien qui aide à la reconstruction de l'espace démocratique.
Dans une entrevue récente accordée à L'Actualité, le spécialiste des questions stratégiques Charles-Philippe David expliquait à ce propos qu'en alignant notre politique étrangère sur celle des États-Unis, dénoncée dans le monde, le Canada s'expose davantage à la menace terroriste.